Des questions pour comprendre (et régler) le problème

Anne-lovely Etienne

2022-11-24T08:00:00.0000000Z

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Quebecor Media

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L’idée que des immigrants qui habitent déjà au Québec doivent patienter si longtemps avant de pouvoir travailler est difficile à comprendre, puisque ça ne bénéficie ni à eux ni à la société en général. On a posé plusieurs questions à des experts pour comprendre ce qui explique la situation, et surtout, comment améliorer les choses. Qu’est-ce que ça prend pour travailler au Québec ? Une fois arrivé au pays, un immigrant doit détenir un permis de travail pour avoir le droit d’occuper un emploi. Sinon, c’est illégal de travailler : il lui faut trouver une autre façon de subvenir à ses besoins, par exemple en étant épaulé par un proche ou en touchant des compensations gouvernementales. La période d’attente du permis de travail n’est pas agréable pour la plupart des immigrants, puisque les montants qu’ils touchent en attendant sont souvent faibles, que ça ralentit leur intégration dans la société et que ce n’est pas très valorisant. Combien de temps ça prend ? C’est difficile de répondre à cette question, puisqu’il y a tout un tas de cheminements différents avec des délais qui varient. Mais devoir patienter plusieurs mois, c’est monnaie courante, surtout pour les gens qui souhaitent venir vivre au pays pour une durée indéterminée. Stéphan Handfield, avocat spécialisé en droit de l’immigration depuis les 30 dernières années, observe une augmentation importante des délais d’attente. Par exemple, pour un demandeur d’asile, il comptait en 2017 un délai d’attente allant de 6 semaines à 3 mois pour l’obtention d’un permis de travail. Aujourd’hui, les délais sont plutôt autour de 12 à 14 mois, selon ses observations. Les travailleurs étrangers qui font une demande pour un permis de travail temporaire doivent attendre moins longtemps. Mais tout dépendamment du pays, les durées peuvent varier énormément. Par exemple, le calculateur du gouvernement indique qu’un travailleur étranger venant du Guatemala ou du Mexique devra patienter seulement 3 semaines avant le traitement de son dossier, tandis que pour une personne qui vient de Grèce, ça sera 12 semaines. Les étudiants internationaux, de leur côté, n’ont le droit de travailler que lorsqu’ils ont commencé leur programme d’études, pas avant. Pourquoi c’est aussi long ? Selon les spécialistes que nous avons consultés, c’est principalement des raiadministratives sons qui expliquent les longs délais d’attente avant d’obtenir des permis de travail. Il y a d’abord le nombre impordemandes tant de qui sont faites chaque année. La charge est énorme au sein du ministère de l’immigration, qui a par exemple dû rendre 2 millions de décisions en 2021. L’aspect bureaucratique n’est pas simple non plus : il existe tout un tas de programmes différents et, pour plusieurs d’entre eux, il faut faire des démarches à la fois auprès du gouvernement fédéral et du gouvernement provincial quand on souhaite venir travailler au Québec. « C’est un système à deux vitesses : il y a un traitement au niveau du Québec, mais aussi toutes les démarches du côté fédéral. Il y a une tension entre Ottawa et Québec. Ottawa dit que c’est Québec qui traîne et Québec dit que c’est Ottawa », résume Catherine Xhardez, politologue spécialisée en immigration et professeure adjointe au Département de politique de l’université de Montréal. Elle avance d’ailleurs qu’au Québec les délais en matière d’immigration sont plus longs qu’ailleurs au Canada. Autre raison qui explique la lenteur des émissions de permis de travail : la complexité des demandes en ligne sur le portail d’immigration Canada. « Ça fonctionne une fois sur cinq. C’est un système informatique qui bogue et qui plante tout le temps, pour une question d’un accent ou d’une majuscule », constate Me Handfield. Il y a quand même du progrès. Par exemple, la semaine dernière, Immigration Canada a allégé une étape du processus d’obtention de permis de travail pour les demandeurs d’asile. Ceux-ci peuvent dorénavant obtenir un document précis (le document de demandeur d’asile, alias le DDA) grâce à une procédure en ligne plutôt qu’une rencontre en personne, ce qui devrait réduire les délais totaux d’obtention du permis de travail. Mais selon Me Handfield, c’est loin d’être assez pour régler le fond du problème. « Là où j’ai un malaise, c’est que les agents sont déjà débordés par le travail qu’ils ont à faire avec le nombre de dossiers qu’ils ont à traiter et là, on vient de leur donner une charge supplémentaire. Vont-ils avoir le temps nécessaire de le faire ? Va-t-on créer un autre problème de délai ailleurs ? », soulève-t-il. Pourrait-on délivrer les permis automatiquement ? Un gros coup de barre pour régler le problème, ça ressemblerait à quoi ? À partir du moment où une personne a le droit de se trouver au pays, elle devrait automatiquement travailler, croient certains. Un permis de travail temporaire pourrait être délivré directement à la frontière. « Les services frontaliers possèdent les compétences et le pouvoir de livrer des permis de travail. Encore faut-il donner des directives, concernant les demandeurs d’asile, mais ce serait tellement plus simple : pièce d’identité, est-ce qu’il y a un mandat d’arrestation contre cette personne... Si tout est beau, donnez un permis de travail de deux ans », avance Me Handfield. « De toute façon, le gouvernement est très au courant que ces gens qui arrivent ne se tournent pas les pouces en attendant leur audience pour la résidence permanente », dit-il, faisant référence au fait que plusieurs se tournent vers le travail au noir. « Pourquoi donc ne pas leur donner le permis de travail à leur arrivée ? », se questionne-t-il.

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