Des Montréalais tiraillés entre leurs valeurs et leur amour du soccer

Malgré les multiples controverses entourant la présentation de la Coupe du monde au Qatar, des mordus de soccer tenaient à se rassembler dans des bars montréalais pour regarder le match d’ouverture du tournoi, dimanche avant-midi.

Julien Bouthillier

2022-11-24T08:00:00.0000000Z

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Quebecor Media

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La Une

La plupart d’entre eux ont insisté sur l’importance de faire la distinction entre ce qui se passe sur le terrain et les enjeux politiques liés au pays hôte. Laith Abdelkafi et Lambert Côté partagent une passion commune pour le soccer. Les deux amis se sont donné rendez-vous au Bar Frappé du boulevard Saint-laurent pour regarder ensemble le premier match de cette Coupe du monde 2022 qui opposait le Qatar à l’équateur. Bien qu’ils soient heureux de retrouver la grand-messe de leur sport favori, les deux amis ne sont pas insensibles aux controverses qui touchent le Qatar, notamment les droits bafoués des femmes et des personnes LGBTQ+. Rappelons qu’au Qatar, les relations sexuelles entre hommes sont des infractions passibles de peines pouvant aller jusqu’à sept ans de prison. Les femmes qataries, quant à elles, ont notamment besoin de l’autorisation de leur tuteur pour se marier, voyager à l’étranger ou recevoir des soins de santé reproductive. « C’est sûr qu’il y a un malaise. On vit au Québec, pour nous c’est des valeurs qui sont vraiment ancrées [les droits des femmes et des personnes LGBTQ+]. Mais je ne peux pas dire qu’en ce moment il y a un malaise quand je regarde le match Qatar-équateur, quand je pense à mon soccer. Sur ce carré vert là, pour moi il n’y aura jamais de malaise. C’est là où j’ai grandi. Toute ma passion est dans ce carré vert là », affirme Laith. « Ça reste le plus beau sport au monde selon moi, renchérit Lambert. C’est sûr que je condamne les propos homophobes et tout à 100 %, mais comme on voit en ce moment, le foot ça unit les peuples et à l’intérieur même de certains pays tu as des divisions qui sont mises à l’écart durant la Coupe du monde. » UN MALAISE CLIMATIQUE Au bar Grenade de la rue Ontario, Thomas est attablé avec ses amis Guillaume et Steve pour regarder la partie. Il admet se sentir coincé entre sa passion pour le soccer et ses convictions environnementales. Et pour cause : la FIFA et le Qatar affirment que le tournoi émettrait 3,6 millions de tonnes d’équivalent de CO2. C’est plus du double que ce que la Coupe du monde en Russie a émis en 2018. Et L’ONG Carbon Market Watch soutient que ces émissions sont largement sous-estimées : elles pourraient être jusqu’à huit fois plus élevées. « J’essaie de mettre un peu de côté, entre guillemets, ma conscience écologique pour profiter de ce sport. Mais c’est toujours un petit peu difficile », nous confie Thomas. LE CANADA S’EST QUALIFIÉ Un aspect augmente encore plus l’engouenemtn : c’est la première fois en 36 ans que le Canada se qualifie pour le Mondial de soccer. La plupart des gens à qui nous avons parlé étaient impatients de voir l’équipe fouler le terrain. « L’attente a été longue ! », confirme Stéphane Alepin, un passionné de soccer qui regardait le match avec son frère Pierre et qui attend de voir le Canada à ce tournoi depuis des années. « Pour le futur du soccer au Canada, c’est vraiment beau de voir ça », estime pour sa part Laith. Son camarade Lambert croit quant à lui que l’engouement pour le soccer au Québec est en hausse et pourra bénéficier du passage de l’équipe canadienne au Qatar. « C’est un sport assez accessible par rapport au hockey qui te coûte une grosse facture en équipement. Le foot, t’as juste besoin d’un ballon et de souliers », explique-t-il. Malheureusement pour ces amateurs, le Canada a perdu son premier match mercredi contre la Belgique, 1-0.

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