Il faut en faire plus pour la faune et la flore

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2022-09-22T07:00:00.0000000Z

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Quebecor Media

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De quoi aurait l’air le paysage québécois si le béluga et le caribou forestier disparaissaient ? C’est ce qui pourrait arriver si rien n’est fait pour renverser la crise de la biodiversité, qui frappe le Québec – mais aussi le reste de la planète. Les experts préviennent que la crise de la biodiversité est aussi, sinon plus importante que la crise climatique. Elle est toutefois peu abordée dans le discours public. L’équipe du 24 heures a constaté que les partis politiques ne lui accordent pas une grande place dans leurs plateformes électorales. Dans le dossier qu’on vous présente cette semaine, on a recensé leurs propositions à ce sujet. Dans le Bas-saint-laurent, des citoyens ont décidé de prendre les choses en main. Grâce à l’organisme Duvetnor, un groupe de jeunes, qu’on surnomme les « gardiens des îles », s’affaire à protéger les îles sauvages de l’estuaire du fleuve, au large de Rivière-du-loup. C’est qu’on y retrouve, notamment, de nombreuses espèces d’oiseaux marins dont les habitats étaient menacés par du développement commercial. Bonne lecture ! En décembre prochain, Montréal accueillera la deuxième partie de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15). Au menu : des discussions urgentes sur la crise de la biodiversité qu’on dit aussi importante – sinon plus – que celle du climat. Commençons par une définition : la biodiversité, c’est l’ensemble des espèces vivantes (végétaux, animaux et micro-organismes), les écosystèmes dans lesquels elles vivent et leurs interactions. La préservation de la biodiversité est importante pour l’humain puisqu’elle joue un rôle essentiel pour nous approvisionner en oxygène, purifier l’air et l’eau, en plus de réguler le climat, notamment. « En ce moment, à cause des activités humaines, de la surexploitation des ressources, des énergies fossiles, non seulement on est en train de réchauffer la terre avec les gaz à effet de serre [GES] qu’on émet, mais on est aussi en train de détruire notre habitat », explique le directeur de la diplomatie climatique internationale du Réseau Action Climat (CAN-RAC), Eddy Pérez. Il affirme qu’il est impératif d’inclure la protection de la biodiversité dans la lutte aux changements climatiques. Actuellement, on a tendance à aborder ces deux problématiques de façon isolée, alors qu’elles forment un tout indissociable, dit-il. « Les impacts des changements climatiques forcent des espèces à se déplacer, à refaire leur habitat. L’acidification des océans a aussi un impact considérable sur les habitats marins, notre capacité à les utiliser, à vivre près d’eux et à assurer une sécurité alimentaire, surtout dans les zones côtières », donne-t-il en exemple. Ça crée d’ailleurs un cercle vicieux : les changements climatiques entraînent une perte de biodiversité, ce qui a pour conséquence... d’accélérer le réchauffement climatique. Les arbres et les océans, par exemple, absorbent une partie des GES. Lorsqu’ils ne peuvent plus faire ce travail ou que leur capacité de le faire est amputée, les deux crises s’aggravent, peut-on lire dans un important rapport* publié l’an dernier. 37 % DE LA SOLUTION La protection et la restauration accrues des espèces et des écosystèmes pourraient ainsi représenter près de 37 % de l’effort mondial nécessaire pour réduire nos émissions de GES de 55 % d’ici 2030, selon l’union internationale pour la conservation de la nature. « Les forêts, leurs sols, les milieux humides, ce sont d’importants réservoirs de carbone. En préservant la faune, on protège aussi son habitat naturel et ces écosystèmes. On vient [donc] stabiliser les quantités de CO2 dans l’atmosphère », résume Jérôme Dupras, professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’université du Québec en Outaouais. D’où l’importance de considérer les impacts sur la biodiversité de nos actions pour la lutte contre les changements climatiques, indique Anne-céline Guyon, chargée de projet climat de Nature Québec. « On ne peut répondre à la crise climatique avec des solutions purement technologiques. Sans penser à la nature, il y a de grandes chances de l’aggraver », signale-t-elle. Elle cite l’exemple du rôle du secteur minier dans l’électrification des transports. En creusant pour extraire les métaux nécessaires, « on va détruire des puits de carbone naturels et relâcher beaucoup de GES dans l’atmosphère sous prétexte de lutter contre les changements climatiques », illustre-t-elle. Les espoirs et les attentes envers la COP15 sont élevés. « Il y a des négos en cours pour qu’on se donne, comme on l’a fait à Paris, des objectifs un peu plus contraignants, où les États doivent rapporter, mettre de l’avant, des cadres de transparence, indiquer ce qu’ils vont faire dans un temps défini et un mécanisme de rehaussement de ces objectifs-là dans le temps », explique M. Pérez. Celui-ci souligne que le Canada devra impérativement accélérer ses objectifs de réconciliation avec les peuples autochtones s’il veut rester crédible. « Ça va donner l’opportunité d’avoir des discussions franches sur ce qu’il faut faire et les liens entre réconciliation et protection de la biodiversité », dit-il. *Rapport conjoint du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES)

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